Discussion avec Clara Painchaud en collaboration avec Le Conseil québécois LGBT et AlterHéros

Dans le cadre de l'exposition de vitrine d’été de La Centrale:
Running with the Argonauts
de Clara Painchaud

2020.08.08 - Discussion : Clara Painchaud

Discussion avec Clara Painchaud en collaboration avec Le Conseil québécois LGBT et AlterHéros

Samedi 8 août 2020 de 16h à 17h

Résumé de la discussion :

Titulaire d’un Baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’UQAM, Clara Painchaud est artiste de la relève et réside à Montréal. Iel a reçu, en 2019, la bourse à la production en art imprimé EAVM/Arprim ainsi qu’une bourse de la Fondation McAbee qui lui a été accordée lors de l’exposition Paramètres IX en 2020. Dans sa pratique installative, iel favorise les arts imprimés et la céramique et s’intéresse à la théorie et aux politiques liées au genre. Iel explore dans son travail la tension entre la violence et la douceur.

Running with the Argonauts : Vitrine d'été du 31 juillet au 6 septembre 2020

Inspiré.e de l’essai The Argonauts de Maggie Nelson et Women Who Run With the Wolves de Clarissa Pinkola Estés, l’artiste veut inventer une mythologie non essentialisante dans le genre, dans laquelle il y aurait de la place pour la transformation et pour les identités queer.
Dans son travail Clara Painchaud, crée une armurerie en porcelaine et des céramiques qui symbolisent le besoin d’extérioriser la violence et le besoin de se défendre mais aussi le dégoût de la responsabilisation mise sur les survivant.e.s.
La référence au bateau de Thésée apparaît dans son travail dans un parallèle avec l’identité qui change constamment. À travers le long voyage, toutes les parties du bateau finissent par se briser, peut-on dire alors que c'est toujours le même bateau ?

Il est trop souvent de la responsabilité des survivant.e.s de poser des actes pour prévenir un acte de violence et cela est inacceptable, mais c’est aussi commun d’entendre que les personnes qui ont vécu de la violence sont responsables de leur guérison, du self care, dans une optique de ne pas trop déranger, d’être calme, d’être posé.e. La colère n’est pas valorisée et c’est un aspect qui se retrouve dans le travail de Clara Painchaud, qui célèbre ces émotions.

Pourtant, la responsabilité n’appartient pas au survivant.e.s, si les organisations communautaires existent, c’est dans le but d’éviter que les survivant.e.s aient la responsabilité de changer le système. Ces organisations reçoivent beaucoup de témoignages, ce qui peut créer de la désensibilisation, de la colère et de l’épuisement pour les intervenant.e.s du milieu.

Elsa Dorlin, avec sa philosophie de la violence, envisage la violence comme pouvant être nécessaire. On essaie de désarmer les personnes qui sont les plus victimes de violences et on considère leur violence comme étant encore moins légitime que la violence qu’ils.elles subissent car cette dernière est institutionnalisée. Comme on a pu le voir pour le mouvement Black Lives Matter, la violence institutionnelle et les biais qu’ont les personnes blanches font vivre de la violence au quotidien aux personnes non blanches.

La violence peut être réappropriée pour créer des outils, des armements qui peuvent procurer des pouvoirs et permettre de prendre de la place dans l’espace public, comme on l’a vu lors de la vague de dénonciations au Québec en ce moment.

Cartographier la violence, pour avoir des outils pour se protéger, libérer la parole et briser le silence. Alterhéros utilise ces principes avec la plateforme web : Pose ta question, où on peut lire des questions posées par des personnes victimes de violences et les réponses des intervenant.e.s d’Alterhéros.
Il y a une violence spécifique aux communautés LGBT, par exemple, le coming out forcé. De plus, les personnes LGBT ont, en général, un rapport très difficile aux institutions, ce qui rend le réseau social proche encore plus important. Ainsi, quand quelqu’un menace d’utiliser une orientation sexuelle ou de genre pour faire perdre un réseau à quelqu’un, c’est d’une violence inouïe. Transformer une partie de l’identité qui est essentielle à une personne et la transformer en arme contre celle-ci, surtout quand cette identité-là n’est pas encore claire, c’est très violent.

Les identités homosexuelles et queer dans notre société sont souvent ramenées à la sexualité, à l’acte sexuel, ce qui a pour conséquence, surtout dans les milieux où les personnes ne sont pas nécessairement out, que les seules choses qui donnent l’impression de ramener à leur identité sexuelle, ce sont les rapports sexuels. Cela peut créer un rapport à l’identité qui est fragile et un potentiel de vivre des violences sexuelles plus élevé, ainsi qu’une honte de sa sexualité et une homophobie intériorisée.

Vivre des violences peut venir avec une culpabilité à cause du discours sur l’autodéfense, il n’y a alors pas de légitimité de vivre la colère. En effet, les survivant.e.s peuvent sentir que c’est iels qui auraient dû avoir un comportement différent et que c’est iels qui sont responsables de leur « care ». Le self-care est récupéré par des principes capitalistes et néolibéralistes de prévention, de risk-management et de victim blaming qui donnent l’impression aux survivant.e.s de devoir performer le soin et la guérison.

Aussi, l’accès à la thérapie est difficile pour des personnes qui ont vécu des violences sexuelles, et cette violence institutionnelle est mise sur le dos des survivant.e.s qui doivent trouver une thérapie et doivent travailler pour la financer, ce qui constitue de nouvelles couches d’oppression, de capitalisme et de classisme.

Par ailleurs, le milieu communautaire qui offre ce type de service s’épuise car il est produit pour les personnes qui ont vécu des violences mais aussi par les personnes qui ont vécu des violences. Encore une fois, ce poids-là est remis sur les survivant.e.s, parce que ce sont des survivant.e.s qui vont offrir des services pour peu d’argent et peu de ressources et beaucoup de burn out. Sans oublier tout le travail à faire pour aider les services offerts à la population à recevoir des communautés LGBT car ces services ne sont pas outillés et il y a beaucoup de préjugés.
Il s’agit de questions de systèmes, pas de questions d’actions individuelles : il n’y a aucune quantité suffisante de thé pour guérir les traumas des gens.

On peut aussi noter que si peu de personnes qui ont subi des violences font des dénonciations ou des poursuites, c’est encore plus vrai chez les communautés LGBT. Cela se comprend par le manque de confiance envers les institutions et le manque de sentiment de légitimité. Parfois aussi, les gens ne veulent pas dénoncer quand ils viennent d’une communauté marginalisée car cela risquerait de nuire à la réputation de leur communauté et renforcer certains préjugés.

Voir la vidéo de la discussion

Liste de ressources pouvant offrir du soutien aux survivant.e.s LGBTQ+ de violences sexuelles (Compilées par le Conseil québécois LGBT).

Document collaboratif de ressources de soutien auquel vous pouvez ajouter des ressources.

Running with the Argonauts, Clara Painchaud : Vitrine d’été de La Centrale du 31 juillet au 6 septembre 2020
Running with the Argonauts est un espace créé par Clara Painchaud dans le but de célébrer la transformation. Cette œuvre est un travail rituel sur la violence intériorisée. L’installation met en évidence les traces de différentes actions rituelles. Il s’agit des traces d’une violence servant de catalyseurs à une transmutation : le passage entre fragilité et férocité.

Pour plus d’informations : https://www.lacentrale.org/programmation/running-with-the-argonauts/

Clara Painchaud
Titulaire d’un Baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’UQAM, Clara Painchaud est artiste de la relève et réside à Montréal. Dans sa pratique installative iel favorise les arts imprimés et la céramique et s’intéresse à la théorie et aux politiques liées au genre. Iel explore dans son travail la tension entre la violence et la douceur.

Le Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT)
Le Conseil québécois LGBT est la référence centrale au Québec en matière de défense des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans d’ici. Le Conseil québécois LGBT cherche à consolider les droits des personnes LGBT au Québec, en plus de militer pour les droits à acquérir, afin que personne ne soit laissé pour compte dans la reconnaissance des diversités sexuelles et de genres.

Pour plus d’informations : https://www.conseil-lgbt.ca/a-propos/

AlterHéros
AlterHéros est un organisme qui œuvre pour favoriser l’épanouissement des individus relativement à leur orientation sexuelle, leur identité de genre, leur expression de genre, et leur sexualité. Leur plateforme numérique Pose ta question ! permet de soutenir gratuitement de milliers de jeunes francophones, en ligne et constitue tout un univers d’éducation à la sexualité positif et inclusif, par le biais d’une banque de plus de 5000 articles, et d’un système de questions-réponses entièrement anonyme et confidentiel.

Pour plus d’informations : https://alterheros.com/

La Centrale galerie Powerhouse
Depuis 1973, la Centrale galerie Powerhouse est un centre d’artistes autogéré voué à la diffusion et au développement des pratiques féministes pluridisciplinaires. Le centre s’engage dans le soutien des pratiques et des artistes peu visibles dans les institutions culturelles dominantes, et ce, à différentes étapes de leurs carrières. La programmation du centre dialogue avec les féminismes et soutient l’intersectionnalité et la justice sociale.

Pour plus d’informations : https://www.lacentrale.org/