Du 02 juillet 2026 au 09 août 2026
«perlas» par Ramolen Laruan
Exposition de vitrine d'été
Vernissage le 2 juillet de 16h30-18h, à La Centrale galerie Powerhouse
perlas
se traduit par « perle » en Tagalog, en référence au surnom colonial des Philippines, « Perle de l’Orient ».
Enracinée dans la propre migration de Laruan, de son enfance dans les Philippines jusqu’à son immigration au Canada à l'âge de dix ans, l’exposition perlas émerge d’un point de départ autobiographique afin d’étudier le déplacement, l’histoire coloniale et les complexités de la mémoire.
perlas considère et joue avec le rôle de l’artiste de la diaspora comme traducteur culturel, particulièrement dans le contexte du soi-disant Canada, là où le multiculturalisme est souvent célébré. Le denim constitue le matériau primaire de cette œuvre, un textile dont l’histoire et la symbolique se rattachent au commerce colonial, à la force de travail mondiale et aux mythologies de « l’Ouest » américain. Le denim moule l’empreinte du corps, conservant les plis, l’usure et les traces des corps qui l’habitent, et par ce fait même leur mémoire.
Plusieurs des objets immiscés dans l’installation sont des marqueurs de la culture philippine, mais la rencontre entre ces objets et l’artiste s’est faite dans un contexte de déplacement colonial. Des négatifs sur lesquels l’on devine des paysages des Philippines, toutefois dénichés en Espagne ; des coquillages, omniprésents dans l’archipel, ramassés au Mexique ; des perles de nacre ou de plastique, centrales aux traditions socio-économiques et culturelles philippines, dénichées au Canada. Ces matériaux se fondent en un esthétique d’artifice et de désillusion, puisant de géographies disparates à travers l’ancien empire espagnol et de l’environnement actuel de l’artiste. En ce sens, perlas questionne l’éthique de l’échange culturel, de la traduction et de la construction de frontières.
Laruan questionne l’attente que l’art, les institutions et les artistes soient fréquemment mandatés d’expliquer la culture ou d’éduquer le public sur celle(s)-ci. En redéfinissant nos manières d’attribuer un sens à un objet, perlas étreint une fracture et une tension productive, en n’offrant non pas un seul fil narratif mais une invitation à perturber et à réécrire le monde.
Installée pignon sur rue, la vitrine offre à perlas un site inhérent de limite, une surface où l’on peut regarder à la fois au-dedans et au-dehors. Laruan accueille la tension entre l’amalgame de denim et les vitrines animées des commerces voisins, ainsi que la distance imposée par la vitre, refusant au public une intimité matérielle avec le textile. Comme le carcan de vitre muséal qui se targue d’offrir une connaissance de « l’autre », la vitrine devient elle-même une frontière—un seuil qui intensifie les questions d’accessibilité, de territorialité et de création de savoirs.
Biographie
Ramolen Laruan est une artiste interdisciplinaire, écrivaine et éducatrice basée à Tkaronto/Toronto, ON. Laruan explore le déplacement, la migration et les politiques de savoirs rattachées aux notions de vérité, du travail de la mémoire et des tactiques d’échec. Sans être rattachée à un médium spécifique, sa pratique utilise la sculpture, le collage, l’impression, le textile, l’installation, l’image mouvante et le son. Laruan a reçu le soutien de Conseil des Arts de l’Ontario et du Conseil des Arts du Canada. L’artiste a participé à des résidences de création en Espagne et en Allemagne. Ses expositions récentes ont été montrées à la grunt gallery, au Xpace Cultural Centre, au Latcham Art Centre, à Zalucky Contemporary, et à l’espace-projet the plumb. Laruan détient un baccalauréat en beaux-arts de la Queen University, ainsi qu’une maîtrise en beaux-arts de la University of Western Ontario.